Copeaux de bois et paille de blé : tester la biomasse aux fins d’extraction des sables bitumineux

20 novembre 2025

Mohammad Alikarami, chef de la direction chez BioOilSolv

Mohammad Alikarami aime la compétition depuis son plus jeune âge. Toutefois, ce n’est pas sur un terrain de sport que ce scientifique s’est démarqué, mais bien dans un laboratoire.

« J’ai participé à pas mal d’olympiades et de compétitions scientifiques quand j’étais jeune. J’avais un don inné pour les sciences et je provenais d’un milieu où il fallait gagner à tout prix », raconte Mohammad Alikarami, titulaire d’un baccalauréat en génie chimique et d’une maîtrise en chimie. « Fort de cette passion de jeunesse, j’ai bâti ma carrière sur l’idée que la chimie pouvait être un moteur d’innovation en matière de changement climatique. »

Ses compétences en laboratoire alliées à son esprit de compétition ont permis au chef de la direction de BioOilSolv de mettre au point un solvant prometteur d’origine végétale capable de supplanter les procédés traditionnels à forte intensité carbonique utilisés dans l’industrie des sables bitumineux.

BioOilSolv a créé un solvant à partir de biomasse issue de déchets agricoles et forestiers. En juillet 2025, l’entreprise a reçu une subvention de 4,3 M$ d’Emissions Reduction Alberta pour accroître sa capacité de production et tester son solvant dans le cadre d’activités d’extraction des sables bitumineux recourant au drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV).

Le DGMV est un procédé qui consiste à injecter de la vapeur dans un gisement de bitume afin de réchauffer ce dernier, ce qui permet d’en réduire la viscosité et de le pomper jusqu’à la surface pour le traiter. Cette production de vapeur émet cependant des gaz à effet de serre.

Depuis une dizaine d’années, certains exploitants ont recours à des solvants pour réduire la quantité de vapeur utilisée par baril de pétrole. Ces produits facilitent l’écoulement du pétrole, ce qui réduit le besoin de chaleur générée par la vapeur. Les solvants actuellement en usage sont toutefois dérivés du pétrole.

C’est ici qu’interviennent alors Mohammad Alikarami et son solvant issu de la biomasse.

« Je comptais intégrer l’industrie pétrochimique après mes études de maîtrise à l’Université de Victoria », raconte-t-il. « Mais lorsque je suis tombé sur un programme de doctorat à l’Université de Calgary consacré à la décarbonisation de la production pétrolière et gazière, j’y ai vu une chance d’opérer un réel changement. Mon projet de recherche a jeté les bases de la technologie commercialisée aujourd’hui par BioOilSolv. »

Même si ses recherches portaient initialement sur l’élaboration d’un solvant alternatif, le procédé pouvait, selon lui, également répondre aux besoins des exploitants de sables bitumineux.

« L’industrie a commencé à utiliser des méthodes à base de solvants il y a 15 ou 20 ans. Or, il faut du temps pour prouver qu’une technologie fonctionne en conditions réelles. Peu importe les résultats en laboratoire, le produit doit être compatible avec une production pétrolière à la fois fiable et rentable », explique Mohammad Alikarami.

Celui-ci a d’ailleurs souligné le soutien inestimable que lui a apporté l’Alliance nouvelles voies en présentant sa technologie aux exploitants de sables bitumineux.

« Pouvoir discuter des avantages environnementaux et économiques de notre solvant avec les membres de l’Alliance nous a été d’une grande aide, car cela nous a permis d’ajuster notre message en fonction des exploitants. Grâce à eux, nous avons pu rencontrer les bonnes personnes beaucoup plus rapidement », dit-il. « L’Alliance a également financé une évaluation technique qui a renforcé nos arguments en faveur de l’adoption de notre technologie. »

BioOilSolv collabore maintenant avec L’Impériale, un membre de l’Alliance, pour valider la technologie.

« L’Impériale prévoit de mettre notre solvant à l’essai dans un centre de recherche et de développement de Calgary, une contribution non financière particulièrement généreuse », poursuit Mohammad Alikarami. « La validation de la technologie en facilitera le déploiement à grande échelle. »

Grâce à la subvention d’Emissions Reduction Alberta, BioOilSolv pourra construire une installation pilote d’une capacité de production de cinq tonnes de solvant par jour et réaliser un essai d’injection in situ dans une exploitation produisant 1 000 barils par jour.

Cette subvention est financée par le fonds Technology Innovation Emissions Reduction de l’Alberta, auquel les entreprises membres de l’Alliance nouvelles voies contribuent par l’intermédiaire du système provincial de tarification du carbone et d’échange de droits d’émission.

« L’Alberta possède tout ce qu’il faut pour prendre les devants en matière d’innovation : une expertise de calibre mondial en systèmes énergétiques, une industrie forte et une culture entrepreneuriale ouverte au changement », affirme Mohammad Alikarami. « Ce que nous voulons démontrer, c’est que les solutions mises au point ici peuvent devenir un modèle à suivre partout dans le monde. Si nous pouvons prouver que la chimie renouvelable est efficace dans l’industrie la plus exigeante de l’Alberta, alors elle peut s’imposer partout. »